Le soin de la peau n’a jamais été aussi scruté : en 2023, les requêtes liées au « slugging » ont bondi de 312 % sur Google Trends. Dans le même temps, Nielsen note une hausse de 8 % des ventes de baumes occlusifs en France. Ce chiffre résume l’appétit du public pour cette technique coréenne apparue sur TikTok au printemps 2022. Entre curiosité, pragmatisme et recherche d’une barrière cutanée renforcée, le slugging fait aujourd’hui figure de phénomène à décoder.

Comprendre l’essor du slugging

Inventée dans les années 1950 par les amateurs de K-beauty mais popularisée en Occident seulement depuis deux ans, la méthode consiste à appliquer une fine couche de vaseline (ou de baume sans eau) en fin de routine nocturne. Objectif : piéger l’humidité, limiter la perte insensible en eau et favoriser la réparation de la barrière cutanée.

  • 1872 : Robert Chesebrough brevète la vaseline à Brooklyn.
  • 2011 : premiers tutoriels coréens sur Naver Blog.
  • 2022 : le hashtag #slugging dépasse 1 milliard de vues sur TikTok.

Selon l’institut Euromonitor, 62 % des consommateurs européens déclarent en 2024 « privilégier des formules simples et protectrices ». Le slugging coche ces cases : un seul ingrédient, un concept clair, un effet quasi immédiat visible au réveil.

D’un côté, la promesse rappelle la cold cream prônée par les infirmières de la Grande Guerre ; de l’autre, elle s’oppose à la surenchère d’actifs exfoliants qui dominait encore les routines en 2019. Ce balancier historique n’est pas anodin : il traduit l’éternelle quête d’équilibre entre protection et renouvellement cellulaire.

Comment pratiquer le slugging sans risques ?

La question revient sans cesse dans mes courriels : « Puis-je vraiment dormir avec de la vaseline sur le visage ? ». Réponse courte : oui, mais pas n’importe comment.

Les bonnes pratiques

  1. Nettoyer la peau avec un gel doux, pH autour de 5,5.
  2. Appliquer un sérum hydratant (acide hyaluronique ou glycérine).
  3. Déposer une noisette de produit occlusif sur les zones sèches uniquement.
  4. Utiliser une taie d’oreiller propre pour éviter la prolifération bactérienne.
  5. Limiter la fréquence à deux nuits par semaine pour tester la tolérance.

Les profils à risque

  • Peaux mixtes à grasses sujettes à l’acné inflammatoire.
  • Personnes sous isotrénoïne : la sortie de sébum étant altérée, l’occlusion peut irriter.
  • Utilisateurs de rétinoïdes puissants : cumuler deux actifs potentiellement irritants peut déséquilibrer la microflore.

L’American Academy of Dermatology (AAD) rappelle dans son bulletin 2023 qu’« aucune étude clinique longue durée n’a encore évalué l’impact quotidien du slugging ». Prudence, donc.

Ce que disent les dermatologues et les chiffres

Une enquête effectuée en février 2024 par DermaInsights auprès de 220 dermatologues européens montre que 57 % recommandent le slugging « de façon ponctuelle ». Le professeur Anna Lipo, du CHU de Lyon, nuance : « Le pouvoir occlusif de la vaseline est indéniable, mais l’occlusion peut aussi piéger des impuretés. Tout dépend de la qualité du nettoyage en amont. »

D’un côté, les partisans invoquent une récupération rapide de la fonction barrière : une étude de l’université de Séoul (2022, revue Skin Research) mentionne une réduction de 21 % de la perte en eau transépidermique après sept nuits consécutives. De l’autre, les sceptiques soulignent l’absence de composants antioxydants ou anti-âge, comparant la vaseline à « un pansement inerte ».

Chez L’Oréal Research, on me confie que les demandes de formulation de baumes anhydres ont doublé depuis le second semestre 2023. La multinationale y voit « un retour à la sensorialité simple, proche des onguents médiévaux mais revisitée avec des cires végétales durables ». L’industrie s’adapte, preuve que la tendance dépasse l’effet de buzz.

Vers une routine plus responsable

Au-delà de l’effet « peau de dauphin » popularisé par Hailey Bieber, le slugging ouvre un débat plus large : comment concilier efficacité, sécurité et impact environnemental ?

Impact écologique

  • La vaseline est dérivée du pétrole, une ressource non renouvelable.
  • Les alternatives (cire de tournesol, squalane d’olive) affichent une empreinte carbone environ 35 % plus faible (données ADEME 2023).
  • L’emballage : un pot en PET recyclé divise par deux les émissions par rapport au verre neuf.

Inclusion d’actifs intelligents

Des start-up comme Typology expérimentent déjà l’ajout de céramides et d’extraits de Centella asiatica dans des baumes « slug-friendly ». Objectif : passer de la simple occlusion à la réparation active.

Ma propre expérience

En tant que journaliste beauté, j’ai testé la méthode durant l’hiver parisien 2024, quatre nuits sur un mois. Résultat : tiraillements diminués de façon nette, mais apparition d’un micro-kyste sur la zone T au troisième essai. Verdict personnel : efficace en cure, pas en usage quotidien. Je rejoins donc la majorité des dermatologues interrogés.

Foire aux questions rapides

Pourquoi le slugging fonctionne-t-il ?
La couche grasse crée un film qui freine la perte en eau transépidermique (TEWL). L’hydratation reste dans les couches superficielles, la peau paraît plus souple.

Qu’est-ce que la TEWL ?
C’est la diffusion passive de l’eau à travers l’épiderme. Une TEWL élevée signale une barrière cutanée altérée.

Le slugging est-il compatible avec l’acide salicylique ?
Oui, mais faites précéder l’AS de 24 h pour éviter l’effet sauna et une irritation accrue.

En abordant le slugging, nous avons effleuré des thématiques voisines : microbiome, protection solaire et rétinol — autant de sujets que j’explore régulièrement dans mes chroniques « Ingrédient du mois ».

Un conseil : testez, observez, ajustez. Votre peau reste votre meilleur laboratoire. N’hésitez pas à partager vos retours et à surveiller nos prochaines enquêtes, notamment sur les peptides biomimétiques et les filtres minéraux de nouvelle génération.